Souvenons-Nous

Discours du président de la Société nationale du Québec à Laval

 

 

Laval, 21 mai 2018

 

Il y a quinze ans à deux jours près, le 19 mai 2003, on fêtait officiellement pour la première fois partout au Québec la Journée nationale des patriotes. Cette journée anniversaire, décrétée par l'Assemblée Nationale quelques mois plus tôt, vient commémorer la mémoire des patriotes de 1837-1838, ceux qui se sont battus pour la reconnaissance de leur nation, pour sa liberté politique et pour l'établissement d'un gouvernement démocratique.

 

C'est en 1968 qu'une émission de Radio-Canada, Le Sel de la semaine, animée par le regretté Fernand Séguin, élisait le patriote Jean-Olivier Chénier, décédé lors de la bataille de St-Eustache, le plus grand héros canadien-français. L'émission se terminait en suggérant que la Fête de Dollard soit désormais remplacée par la Fête de Chénier.

 

Dans les calendriers populaires du temps, il fut ensuite fréquent de voir la Fête de Dollard et Chénier marquer la date du 3eme lundi de mai. Ailleurs au Canada, c'était la Fête de la Reine, en l'honneur de la reine Victoria.

 

On entend souvent l'expression Fête des patriotes pour qualifier cette journée. C'est une erreur. En fait, ce qu'on commémore aujourd'hui n'est en rien une fête, n'a rien de vraiment joyeux, ou quoi que ce soit de festif. Ce qu'on souligne aujourd'hui est sans doute l'un des événements les plus tragiques de l'histoire encore jeune de notre nation. Il m'importe de vous rappeler quelques faits.

 

Les patriotes de 1837-1838 se sont d'abord démarqué en présentant au parlement britannique du temps un groupe de quatre-vingt-douze résolutions, dont plusieurs à saveur économique. Elles visaient à rétablir la santé financière de notre nation et à assurer sa survie. En réponse à ces propositions, le parlement de Sa Majesté opposa une fin de non recevoir. Il soumit plutôt en réponse une liste de dix résolutions, connues aujourd'hui sous le nom de Résolutions Russel. Leur but était l'assimilation pure et simple de la nation canadienne-française à l'empire britannique.

 

Face à cet affront, les Canadiens-Français se sont soulevés, confrontant, malgré leur petit nombre, les troupes britanniques bien entraînées obéissant aux ordres du général Colborne. Craignant une rébellion de l'ensemble de la nation canadienne-française, ce Colborne décida alors d'agir sans faire de quartier, avec une violence et une agressivité incroyables. Face à une armée de 33 000 hommes, les 4 000 patriotes ne faisaient pas le poids.

 

Les Britanniques connurent 32 décès et 73 blessés. Les nôtres dénombrèrent 73 morts et 1 600 blessés ou capturés ! De ceux-ci, 58 furent déportés dans d'affreuses conditions aux antipodes, c'est-à-dire en Australie, et 12, après des simulacres de procès, furent éventuellement pendus à Montréal, à la prison du Pied-du-Courant.

 

En terminant, et pour souligner pourquoi cette journée s'appelle Journée nationale des patriotes, et qu'elle n'est pas une «fête», je rappelle à votre mémoire le nom des 12 patriotes pendus «haut et court» :

 

 


 

 


 

 


 

Pour tout ce qu'ils ont fait pour notre nation, sachons honorer leur mémoire, et pour toujours.


 

Merci,


 

Jean Desautels, président

Société nationale du Québec à Laval